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Désherbage : les solutions de biocontrôle

28 mars 2019

Désherbage : les solutions de biocontrôle

Depuis 2 ans, par obligation législative, et depuis plus longtemps pour certaines collectivités soucieuses de la santé de leurs habitants, de leurs agents et de la Terre, les gestionnaires d’espaces verts ont revu en profondeur leurs pratiques de désherbage, en abandonnant les méthodes classiques au profit de techniques alternatives. Parmi elles, l’utilisation de produits de biocontrôle identifiée comme un des leviers du plan Ecophyto 2 visant particulièrement le monde agricole qui, pour rappel, a comme objectif de réduire le recours aux produits phytopharmaceutiques de 25 % d’ici 2020 et de 50 % à l’horizon 2025. Dans un contexte budgétaire complexe, où les effectifs des services techniques et les budgets alloués ont tendance à diminuer en parallèle d’une augmentation des surfaces végétalisées, le développement des produits de biocontrôle est alors une opportunité pour les gestionnaires d’espaces verts, en favorisant, avant tout, le respect de l’environnement et un gain de temps d’entretien non négligeable par rapport au désherbage manuel !
 

Définition et réglementation

En application de la loi LTE (Loi de Transition Energétique pour la croissance verte), qui a phagocyté la loi Labbé, l’utilisation de produits phytopharmaceutiques issus de la chimie de synthèse est limitée dans la plupart des espaces verts publics (parcs, jardins, forêts, promenades, voiries…), excepté dans les zones publiques non ouvertes au public, les cimetières, les terrains sportifs engazonnés ainsi que les espaces de voirie difficiles d’accès et qui posent des problèmes de sécurité pour les gestionnaires (bretelles, échangeurs, terre-pleins centraux). Cette limitation d’utilisation de produits conventionnels issus de la chimie de synthèse, notamment pour désherber, s’applique également depuis le 1er janvier 2019 aux particuliers. Nombreuses sont les villes qui ont déjà, en anticipant les potentielles futures contraintes, fait le pas pour arrêter totalement l’usage de produits phytosanitaires, en appliquant des techniques alternatives d’entretien et d’aménagement au niveau des cimetières (enherbement, plantation de sédums ou de vivaces…) ou des terrains de sports (actions mécaniques répétées d’aération du sol, décompactage profond, sablage…). L’usage des produits de biocontrôle est alors une autre de ces solutions alternatives autorisées par la loi pour entretenir les surfaces ouvertes au public au même titre que d’autres méthodes alternatives comme l’eau chaude, le gaz... Par rapport à ces dernières méthodes, les désherbants de biocontrôle présentent plusieurs avantages décisifs : ils s’appliquent en pulvérisation et, de ce fait, la vitesse d’avancement et donc la surface traitée par heure ou par jour est adaptée à la main d’œuvre disponible en collectivités. 
 
De façon réglementaire, les produits de biocontrôle sont définis par l’article L.253-6 du Code rural et de la pêche maritime (CRPM) comme « des agents et produits utilisant des mécanismes naturels dans le cadre de la lutte intégrée contre les ennemis des cultures ». Ils comprennent en particulier : 
- les macro-organismes (invertébrés, insectes, acariens ou nématodes) utilisés notamment dans la Protection Biologique Intégrée (PBI) au niveau des serres municipales de production, des massifs ou encore du patrimoine arboré, et qui ne nécessitent pas d’Autorisation de Mise sur le Marché (AMM) et donc pas de Certiphyto pour leur application ; 
- les produits phytopharmaceutiques comprenant des micro-organismes (champignons, bactéries, virus), comme le Bacillus thurengiensis utilisé pour enrayer la propagation de la pyrale du buis, des médiateurs chimiques (phéromones et kairomones) et des substances naturelles d’origine végétale, animale ou minérale. Ils nécessitent une AMM. Les substances d’origine végétale sont ainsi adaptées à la gestion des plantes indésirables, dans une logique respectueuse de l’environnement, en s’inspirant d’interactions et de mécanismes naturels. 
 

Une liste de produits homologués

Seuls les produits de biocontrôle inscrits sur la liste des produits phytopharmaceutique de biocontrôle, au titre des articles L.253-5 et L.253-7 du CRPM, qui figure sur la note de service DGAL/SDQSPV/2019-48, sont autorisés par le Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation. Cette liste est et sera désormais revue et actualisée tous les mois. Il faut ensuite bien s’assurer que les produits de biocontrôle choisis soient homologués pour l’usage voulu, c’est-à-dire, en ce qui nous concerne, les espaces verts publics. 
Aujourd’hui, la plupart des herbicides de biocontrôle proposés sont issus de substances naturelles. Comme le définit la note de service citée préalablement, « on entend par substance naturelle, toute substance naturellement présente et qui a été identifiée en l’état dans la nature. Cette substance est :
- soit extraite d’un matériau-source naturel ;
- soit obtenue par synthèse chimique et strictement identique à une substance naturelle telle que décrite ci-dessus ».
 

L’acide pélargonique ou nonanoïque

Cet acide tire son nom de la plante dans laquelle il a été identifié, le Pelargonium, mais on le retrouve dans d’autres végétaux, tels que la rose, le tournesol ou le colza. L’acide nonanoïque, quel que soit son chemin d’extraction ou son procédé de synthèse, est un dessicant naturel : en agissant sur la chaîne hydrophobe, il dissout la cuticule cireuse imperméable des feuilles qui limitent normalement l’évapotranspiration. Celles-ci se dessèchent alors quasi-instantanément, la plante ne pouvant plus opérer sa photosynthèse et entraînant, par ce biais, la mort de l’individu traité. 
Ainsi, l’acide nonanoïque peut être issu de l’extraction strictement physique d’huile de colza et donc 100 % d’origine végétale, comme c’est le cas dans le dessicant naturel de biocontrôle Katoun® (AMM n°2140254) de Syngenta SAS France, homologué pour un usage ‘Parcs, Jardins, Trottoirs, Cimetières et Voiries’ (PJTCV). Katoun® est composé d’acide nonanoïque (C9) obtenu notamment grâce à une fracturation mécanique d’huile de colza (C18) ou de tournesol sous haute pression et haute température. Il agit de façon curative en perturbant la perméabilité de la membrane cellulaire de l’épiderme des plantes indésirables que l’on souhaite éliminer. La plante se déshydrate et se dessèche en quelques heures.
 
Selon le même procédé d’extraction, le Harmonix® Kalipe® de Bayer (AMM n°170321) est également disponible : à base d’acide pélargonique se dégradant facilement dans l’environnement, il s’emploie avec un faible dosage à l’hectare (22,5 l/ha) et se dose facilement avec une dilution de 10 %. Homologué PJTCV, le Harmonix® Kalipe® est applicable dans la plupart des lieux publics (parcs, abords de mairie, allées gravillonnées des cimetières, bordures de tombes, trottoirs en surface perméable, aires de stationnement…) et également au niveau des cultures ornementales pérennes (terre-pleins centraux, ronds-points, haies, pieds d’arbre…), ainsi que pour le traitement des mousses. En moins de 2 h, on assiste à la déstructuration de la cuticule qui conduit à la déshydratation complète de la végétation aérienne. Et pas besoin d’investir dans du nouveau matériel : un pulvérisateur à dos ou un réservoir équipé d’une lance permettent de traiter de façon homogène l’intégralité de la plante indésirable.
 
La société Compo Expert propose de son côté le Finalsan® et le Devatol (AMM n°2110056) : ces deux solutions herbicides de biocontrôle agissent par contact sur les végétaux, avec une action rapide en post-levée contre un grand nombre d’adventices, dicotylédones ou graminées. Homologuées pour 8 usages différents, ce sont des produits polyvalents et souples d’emploi, à appliquer à l’aide d’un pulvérisateur muni d’une rampe avec cache de protection et de buses à jet plat ou pinceau à gros débit. Pour faciliter l’application et une couverture à 100 % de la plante par la bouillie (concentration de 16,6 %), Compo Expert a par ailleurs développé une buse spécifique. 


L’acide acétique

Des herbicides de biocontrôle sont également composés à partir d’acide acétique, issu de la transformation du sucre par fermentation. Sa forme acide et son pH très bas engendrent après pulvérisation et par contact, des brûlures aux feuilles (rupture des membranes de la cuticule) : les feuilles se déshydratent et ne peuvent alors plus réaliser de photosynthèse. A noter que l’acide acétique peut attaquer certains matériaux riches en calcaire (marbre, dalles) et qu’il s’agit donc d’être vigilant lors du traitement, en cimetière par exemple.
Aussi, il faut rappeler que tout produit de biocontrôle homologué, et possédant donc une AMM, nécessite, pour son application, la détention du Certiphyto. 
 
Voici donc de quoi renouveler votre désherbage, qui deviendra moins fastidieux et chronophage, tout en prenant soin de notre environnement. Les produits de biocontrôle offrent, en effet, la possibilité de gérer simultanément la problématique ‘propreté’ du cadre de vie et satisfaction des usagers par rapport à un niveau de service public attendu, ainsi qu’un plus grand respect de notre environnement et de la santé des agents et des habitants. 

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